MIXITE SOCIALE copyright réservé I Bécu Salaün
1 Pourquoi la question mixité sociale
La question de la mixité sociale est malheureusement toujours d'actualité que ce soit en matière d'habitat, de scolarité ou de loisirs qui en découlent. Les débats récurrents sur la carte scolaire en témoignent.
La non mixité sociale s'accroît à l'évidence avec les difficultés économiques qui touchent de plein fouet les structures de loisirs.
La question de la mixité sociale est d'abord celle de l'accès aux vacances : 25 à 30 % des enfants ne partent pas en vacances ( source Observatoire des vacances et des loisirs des enfants OVLEJ. Enquête 2004). Parmi ceux qui partent seul un enfant sur dix fréquente le centres de vacance dont les effectifs diminuent régulièrement ( - 20%)depuis les années 70.
La notion de mixité sociale est donc d'emblée à relativiser.
2 Analyse de la mixité sociale ; qui accède aux centres de vacances ?
Parmi ces enfants, la très grande majorité est issue des classes aisées ( professions libérales, cadres supérieurs, commerçants..) ou au contraire de familles démunies qui parviennent à franchir la barrière financière du séjour par le cumul des aides. 67 % des jeunes ayant fréquenté un centre de vacances en 2004 vivent dans une famille où le revenu annuel est supérieur à 27 000 euros alors que ce niveau de ressources ne concerne que 47 % des 5-19 ans. Par ailleurs, 43% des enfants en séjours collectifs bénéficient d'une aide au départ.
Restent donc sur la touche les familles à niveau de vie moyen que l'on pourrait qualifier de classes moyennes au sens sociologique et économique actuel.
Ces familles de classes moyennes disposent d'un revenu tiré du travail, légèrement plus élevé que la moyenne, occupent des postes intermédiaires dans les hiérarchies professionnelles et ont le sentiment de se situer à un niveau intermédiaire.
Elles ont en commun un trait capital : l'inquiétude pour l'avenir de leurs enfants dans le contexte socio économique actuel et donc un rapport particulier à l'éducation.
L'association Temps Jeunes a conduit en 1996 une étude toujours d'actualité " Pourquoi un enfant sur dix profite t-il aujourd'hui des colos?" et identifie ces familles très concrètement pour le sujet qui nous importe, à la fois par le revenu, le poids du séjour dans le budget familial et la capacité à absorber ce coût sans déséquilibrer le budget du ménage ( variable selon le nombre d'enfants)
Ces familles sont celles de salariés dans des entreprises de petits effectifs, qui ne bénéficient d'aucune forme d'aide et sont dans l'incapacité de supporter seules le coût du séjour. Ce sont de surcroît ces " classe moyennes", donc en activité, qui ressentent fortement une baisse de leur pouvoir d'achat ces dernières années correspondant moins, semble t-il, à une perte réelle qu'à une stagnation et à l'augmentation de certains postes de dépenses notamment l'immobilier. De surcroît, les achats à réaliser sont bien plus nombreux qu'hier pour accéder sans trop de difficultés à ce qui est censé être un standard de vie moderne : téléphone portable pour toute la famille, ordinateur domestique etc.…
Il en résulte un sentiment de frustration important et une obligation de réduire le budget vacances sous toutes ses formes.
Concrètement, la moitié des familles à niveau de vie moyen qui le souhaitent ne peuvent envoyer leurs enfants en centres de vacances ( étude précitée) et cette difficulté d'accès date d'une quinzaine d'années. Les enfants qui partaient beaucoup partent encore davantage tandis que les moins aidées partent encore moins ( J Chauvin OVLEJ)
Bénéficier d'une aide est devenu le facteur le plus discriminant pour les usagers de séjours collectifs chez les 5-19 ans qui partent sans leurs parents.
Pourquoi cette situation ?
Cette situation s'explique de deux façons :
- D'une part le coût d'une journée en centre de vacances est loin d'être négligeable ( de l'ordre de 40 euros) : les frais de personnel vont augmentant malgré le statut particulier d'animateur volontaire et en partie du fait de la rémunération d'enseignants spécialisés pour les activités physiques et artistiques. Le coût et l'entretien des locaux est également non négligeable.
Dans le contexte socio économique actuel, la question du financement pèse, même si ce n'est pas paradoxalement l'argument le plus souvent mis en avant ; dans les faits, "la colo" reste un produit de luxe et ce sont les ressources des familles qui influent sur la fréquentation des colos.
Des spécificités françaises
- Le second facteur qui concourt au non brassage social en centre de vacances tient à une série de spécificités françaises :
Par ailleurs, certaines structures à caractère social ferment leurs portes l'été et réservent donc des places en centres de vacances notamment pour des enfants sous tutelle.
C'est le constat que font les organisateurs de centres.
Mais dans un pays de PME, les entreprises de plus de 50 salariés, donc bénéficiant d'un comité d'entreprise ne sont pas si nombreuses.
De surcroît, parmi celles ci, un certain nombre ont leur propre organisation de centres de vacances comme les ex grandes entreprises publiques aux œuvres sociales historiquement très importantes ( SNCF, EDF etc..) ou entreprises florissantes ( Eurocopter, SNECMA…). Elles ont de surcroît de plus en plus sollicitées par de sociétés marchandes pour de "nouveaux produits" à coût très élevé à l'étranger notamment. La notion de mixité sociale y est très relative compte tenu de la structuration actuelle de l'emploi et ne reflète pas celle de la société française
La mixité sociale en centre de vacances rencontre donc au moins deux limites structurelles : celle de la marginalisation comme "produit de luxe" et celle de l'instrumentalisation par les dispositifs sociaux.
3 Historique et perspectives
Historiquement, l'accès aux centres de vacances aux "colonies sanitaires" a connu un très grand essor au sortir de la guerre, accès qui favorisait aussi une forme de mixité sociale, dans la mesure où l'ensemble de la population civile avait fortement souffert de la guerre et où les clivages se situaient plutôt entre milieu rural et urbain.
Ces colonies étaient financées par les entreprises, notamment celles qui étaient alors très demandeuses de main d'œuvre comme l'industrie automobile, l'industrie textile dans le nord ou sidérurgique. Ces entreprises ont acquis alors le patrimoine qui devait par la suite leur poser de gros problèmes financiers.
En période de reconstruction, si les différences de niveau de revenu étaient marquées, la question de l'emploi se posait en termes de manque de main d'œuvre à la différence de la situation actuelle où bénéficier d'œuvres sociales d'entreprise suppose l'accès à l'emploi.
La mise en place d'un système d'aide
Par la suite des systèmes d'aide aux vacances se sont progressivement mis en place, aide au départ en famille ( chèques vacances),ou à l'accès aux centres de vacances et de loisirs ( Bons des Caisses d'Allocations familiales, aide des communes et des comités d'entreprise…).
Il y a une vingtaine d'années existaient encore des centres de vacances "monocolores" n'accueillant que des enfants en énormes difficultés sociales, notamment originaires des régions économiquement sinistrées du Nord et de L'Est de la France, et dont le carnet de liaison sanitaire reflétait une situation familiale catastrophique.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui, mais paradoxalement on constate non pas de l'absence de diversité des origines sociales mais la cohabitation de populations jeunes en centre de vacances qui ne se rencontrent que très rarement le reste du temps, du fait de stratégies d'évitement scolaire et par l'habitat.
Les chantiers de jeunes en sont un exemple éclairant, où se côtoient milieu très aisé et jeunes de quartiers en difficulté pour les mêmes raisons d'intérêt éducatif et culturel de ce type de projet.
Perspectives
Le centre de vacances est aujourd'hui une réponse éducative et pédagogique au temps libéré, à l'utilisation de ce temps pour aller à la rencontre de l'autre, à la rencontre d'autres savoirs être et savoirs faire. C'est d'ailleurs ce que les parents attendent d'eux.
Mais rares sont les enfants qui peuvent y accéder et les cohabitations quand elles existent peuvent être délicates bien que d'un intérêt éducatif évident.
Là encore la structure centre de vacances tente de prendre en compte les contradictions et difficultés de la société dans laquelle elle s'intègre, mais ne peut les résoudre seule.
Les instances représentatives des organisateurs de centre de vacances ( Jeunesse au plein air notamment) demandent depuis des années la mise en œuvre d'une politique générale d'aide au départ en centres de vacances ; les campagnes de vente de timbres JPA ne suffisent plus à la tâche loin sans faut.
Différentes formules sont proposées : épargne vacances, système de crédit, accès aux activités sociales pour tous les salariés, réduction d'impôts, relèvement du plafond des bons CAF etc.…mais n'ont malheureusement trouvé que peu d'échos à ce jour.
Bibliographie :
"Pourquoi 1enfant sur 10 profite t-il des colos aujourd'hui ?"
" 65% des enfants ont envie de partir en colo! Alors pourquoi ne partent-ils pas?