Questions de mixité en centres de vacances et de loisirs
copyright réservés I Bécu Salaün
I MIXITE GARCONS/FILLES
Garçons et filles sont des êtres sexués
Hommes et femmes, garçons et filles sont des êtres sexués dont le corps et l'esprit sont marqués par le sexe auquel ils appartiennent. Le rapport à l'autre sexe est consubstantiel de la vie en société quelle quelle soit et quel que soit ce rapport, égalitaire ou non, harmonieux ou non. Il est donc à prendre en compte par et dans toute structure éducative.
La nature de ce rapport procède des choix idéologiques et/ou religieux d'une société.
Masculinité et féminité sont des traits inhérents à la nature d'un individu ; nous sommes tous porteurs d'une part de chaque dans des proportions qui varient, sur ce point du moins Freud n'a pas été démenti.
Mais ces traits se forgent aussi progressivement pour tout individu au fil de son histoire et de son environnement. "On ne naît pas femme, on le devient " Simone de Beauvoir.
La théorie des genres
Selon la théorie des genres ( du "gender"), le genre est même défini exclusivement en tant que vécu social et culturel - par opposition à la notion de sexe biologique et anatomique- et la différence des sexes est aliénante par nature puisque tout est rapport de force entre hommes et femmes.
Une des lubies des années 70 consistait à donner des poupées aux petits garçons et des voitures aux petites filles ( sans toutefois aller jusqu'aux pistolets factices!). Puisque les différences de comportements entre les sexes étaient uniquement dues à l'éducation, les jouets allaient mettre fin à la séparation des sexes.
Aujourd'hui il est clair que la méthode n'agit pas. A la naissance, garçons et filles sont différents et choisissent des jouets différents dès le départ.
Au- delà des discours excessifs ou provocateurs des théories opposées du genre ou du déterminisme biologique, il est aujourd'hui largement admis que garçons et filles, hommes et femmes, soient programmés par la nature pour se comporter de façon différente.
Mais quelles sont les différences d'ordre biologique et lesquelles sont liées à la culture et à l'environnement, susceptibles donc d'une action éducative ? Comment le centre de vacances comme structure éducative doit il et peut il prendre en compte ces deux aspects ?
2 Evolution et perspectives
Dans les sociétés occidentales, et notamment depuis les années 70, la question de la mixité n'est plus posée comme étant susceptible de réponses divergentes et contradictoires, mais comme un quasi-postulat.
Elle est un acquis des mouvements féministes et étudiants de 1968 et a été mise en place dans les années 1970-1980 dans la plupart des pays occidentaux dans un objectif de plus grande liberté et d'égalité entre les sexes. La mixité est donc, dans les faits, toute récente ( 1969 pour l'école primaire, 1970 en collège, généralisation de l'obligation de la mixité par la loi Haby en 1975).
Cependant, la question de la mixité se pose désormais en termes nouveaux et ceci pour deux raisons :
- la première tient à la montée des communautarismes notamment en France, et à une demande impérieuse de prise en compte de conceptions ségrégationnistes des rapports entre les sexes en particulier pour des raisons religieuses.
Ne pas en tenir en compte revient à exclure des jeunes filles d'une socialisation par le loisir éducatif quand elle reçoivent déjà une éducation spécifique. C'est tout le problème des plages spécifiques d'accès à la piscine pour les femmes.
La question de la mixité en centres de vacances et de loisirs peut donc être traitée sous deux angles :
Comment ces structures peuvent-elles éduquer à la mixité, à de bonnes représentations de soi et de l'autre, dans un contexte de reémergence de comportements sexistes et violents ?
Comment peuvent-elles - si on considère qu'elles le doivent- prendre en compte des demandes divergentes, pour des raisons culturelles ou religieuses, en matière de mixité tout en permettant l'apprentissage de la vie avec autrui et le respect de l'autre ?
Des comportements différents
Les modes de fonctionnement, les besoins et les attentes de filles et garçons sont loin d'être identiques, que cela soit pour partie le résultat de modes d'éducation différenciées ou de caractéristiques biologiques et physiques.
Quoi qu'il en soit, c'est une donnée qui doit être prise en compte par l'éducateur et l'animateur.
Bien au delà des clichés d'image véhiculés par les jeunes ( les garçons seraient bêtes, sans culture et obsédés par la drague, les filles allumeuses ou coincées, "bonnes "sans que l'on sache trop ce que cela recouvre, même si le pire est à craindre, ou "intellos"), les différences de comportement sont flagrantes et accrues par une maturité plus précoce des filles pour une même tranche d'âge.
Ce sont précisément ces différences qui sont enrichissantes dans le rapport à l'autre, mais qu'il faut apprendre à gérer au quotidien et dans la vie collective d'une structure de loisirs notamment.
Des activités mixtes mais différenciées
Spontanément, et du fait de leur éducation, de leur image d'elles- mêmes ou de leurs capacités les filles seront globalement plus attirées par certains types d'activité comme la danse ou le théâtre, les garçons par d'autres.
Il est indispensable, que dans l'offre d'activités ludiques et éducatives, les unes comme les autres trouvent leur compte et le plaisir de pratiquer ce qu'ils aiment.
Et qu'en pratique, aucun ne se trouve en situation d'infériorité, physique notamment.
S'il est intéressant au plan pédagogique de faire découvrir certains sports collectifs sans distinction de sexe, il faut prendre garde à ne pas nier pour autant des évidences. La mixité peut être très inhibante.
Pour les filles par exemple, l'on commence à prendre conscience d'un effet très négatif de la mixité sur leur motricité : la prééminence du football dans les cours de récréation, jeu dont elles sont systématiquement exclues, les cantonnent à des jeux à surface réduite, donc moins actifs.
A l'évidence, les garçons peuvent aussi redouter la mixité, et le manifeste souvent par de l'agressivité, faute de trouver d'autres moyens d'expression, notamment dans les passages difficiles de l'adolescence.
La mixité signifie le mélange des sexes, en l'espèce au sein de la structure éducative centre de vacances, et donc leur coéducation dans un même lieu. Elle doit dépasser bien entendu la coprésence des sexes dans un même lieu ( ou gémination).
Elle suppose donc une "éducation en commun", des temps d'animation en commun, la rencontre de l'autre sexe, issu parfois d'un milieu ou d'une culture différente, dans le respect des différences et sans prosélytisme. Elle n'est pas sans écueil comme en témoignent littérature et cinéma.
Le contraire de la mixité est la séparation, son corollaire est l'égalité des sexes.
La mixité en centre de vacances, à l'occasion des loisirs, devrait chercher à ne pas reproduire les paradoxes de la mixité à l'école qui n'a pas réussi à faire rimer mixité et égalité.
Les paradoxes de la mixité
En effet, diverses études portant sur la mixité en milieu scolaire et issues des débats sur ce thème initié depuis les années 80 dans les pays anglo-saxons, ont montré que non seulement l'école n'échappe pas aux stéréotypes sociaux de sexes, qui attribuent une valeur moindre aux filles, mais tend à les renforcer souvent à l'insu des élèves et des enseignants des deux sexes.
Ces études vérifient l'hypothèse selon laquelle, placées dans un contexte mixte, les filles adhèrent aux stéréotypes sexués en particulier dans les disciplines où elles restent minoritaires ( informatique, mathématiques, physique..). Par extension on peut y associer les loisirs scientifiques et techniques, certaines activités manuelles, pour ce qui est des centres de vacances.
De plus on observe que l'on tend à imputer les réussites scolaires des filles à leur travail, et celles des garçons à leurs talents, ce qui peut conduire les filles à avoir une moindre estime d'elles mêmes, dans la mesure où elles se sentent définitivement inaptes quand elles échouent, alors que les garçons peuvent penser qu'ils ont seulement été paresseux. Ce manque de confiance en elles des filles, et les mécanismes d'auto sélection qu'il génère, est une constante des enquêtes sur le sujet menées en France et ailleurs. Ce sont des éléments à prendre en compte dans des activités mixtes en centre de vacances pour un égal accès de filles et garçons à toutes les activités éducatives.
Mixité en centres de vacances
Le centre de vacances et de loisirs fait partie des structures complémentaires de l'école où l'enrichissement par la rencontre devrait donner toute sa mesure, si l'équipe d'encadrement y est attentive.
Il est clair que le fait que garçons et filles réagissent différemment au monde qui les entoure, aura des incidences directes sur le rapport à l'autre, à la violence, aux conduites à risques - que peuvent bien sûr néanmoins expérimenter les unes comme les autres- et influe sur les comportements individuels et collectifs que gère une équipe d'encadrement.
Sur le plan du comportement, il faut néanmoins se garder de conclusions hâtives faisant de l'agressivité une caractéristique masculine : des études indiquent que les femmes se croyant à l'abri d'un jugement ou de représailles peuvent se montrer plus agressives et plus belliqueuses que des hommes.
Les équipes doivent donc être capables d'analyser et de prendre en compte ces spécificités sans intrusion et sans préjugés, de faire prendre conscience d'un système de valeurs universelles et donc commun à tous, au-delà des différences.
Cela dans un contexte où, en fait de mixité, on trouve le plus souvent les filles d'un côté les garçons de l'autre, sans oublier les amours de vacances…
De la même façon que le dialogue est essentiel avec le jeune, il s'impose avec les parents qui craignent une mixité non contrôlée lors des loisirs, que ce soit à l'occasion des activités ou la nuit en centre de vacances, alors qu'elle leur est imposée par le système scolaire.
Pour ce qui est de la séparation garçons/filles, hommes /femmes, dans les temps de vie quotidienne, la réglementation est stricte et son rôle est précisément d'être protectrice dans ce domaine.
Certes les équipes d'animation sont confrontées parfois à de grands adolescents et à des stratégies d'évitement pleines d'imagination. A elles d'en faire preuve également, ce qui est d'autant plus facile que les animateurs sont souvent proches par l'âge et n'en manquent pas non plus.
La question de leurs propres coups de cœur doit être encadrée de façon très stricte au cours d'un séjour.
Mixité garçons/filles et pratiques culturelles et/ou religieuses
Quant aux craintes de la mixité liées à des pratiques culturelles ou religieuses, et lors des activités, la question déborde très largement du champ des questions de mixité garçons/filles et relève d'une prise en compte beaucoup plus globale et délicate. ( cf chapitre suivant)
Il importe dans le contexte actuel, d'être très précis, lors de l'inscription et de l'information relative à un séjour, sur l'organisation de la mixité dans la vie quotidienne et lors des activités.
C'est notamment un des intérêts de l'explicitation du projet éducatif, maintenant réglementaire, et qui se réfère toujours à un système de valeurs et de pensée.
Les organisateurs se doivent d'être extrêmement clairs sur les termes du contrat passé avec les parents.
Il existe par ailleurs des séjours non mixtes, dont les séjours scouts.
Certes la mixité, des sexes, culturelle et sociale est extrêmement enrichissante mais les centres de vacances, ou de loisirs, ne sont pas en mesure de résoudre à eux seuls les contradictions et crispations de notre société ou les failles de notre système scolaire.